Sharon Gonzalez
Avocat
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Erreur médicale

CCI et ONIAM : la procédure amiable d'indemnisation médicale

(maj. 16 mars 2026) | Me Sharon Gonzalez | Toulouse
Soignantes échangeant avec une patiente à l'hôpital

En bref : Après un accident médical, une infection nosocomiale ou une affection iatrogène, la victime peut saisir gratuitement la Commission de conciliation et d’indemnisation (CCI), à condition d’atteindre un seuil de gravité (IPP supérieure à 24 %, arrêt d’activité d’au moins six mois, inaptitude définitive ou troubles particulièrement graves). La CCI rend un avis dans un délai de six mois et l’ONIAM ou l’assureur dispose ensuite de quatre mois pour formuler une offre, souvent inférieure à ce qu’un dossier bien défendu peut obtenir ; l’avis n’est pas contraignant et la voie judiciaire reste ouverte. Me Sharon Gonzalez, avocate en dommage corporel à Toulouse, sécurise le dossier, assisté à l’expertise avec un médecin-conseil et négocie l’offre poste par poste avant toute acceptation.

CCI et ONIAM : guide complet de la procédure amiable pour les victimes d’accidents médicaux

Lorsqu’un patient est victime d’un accident médical, d’une infection nosocomiale ou d’une affection iatrogène, la loi du 4 mars 2002 lui offre une voie de recours privilégiée : la procédure amiable devant la Commission de Conciliation et d’Indemnisation (CCI). Cette procédure, gratuite et relativement rapide, constitue souvent la première étape de la démarche d’indemnisation.

Ce guide vous explique en détail le fonctionnement de la CCI, le rôle de l’ONIAM, les conditions de saisine, le déroulement de la procédure et les recours possibles en cas de refus.

La CCI : présentation et missions

Qu’est-ce que la CCI ?

Les Commissions de Conciliation et d’Indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) ont été créées par la loi Kouchner du 4 mars 2002. Il en existe une dans chaque région, et elles sont placées sous la tutelle de l’ONIAM.

Leur mission est double :

  • Conciliation : faciliter le dialogue entre les patients et les professionnels de santé
  • Indemnisation : examiner les demandes d’indemnisation et rendre un avis sur les responsabilités

La composition de la CCI

Chaque commission est composée de :

  • Un président (magistrat)
  • Des représentants des usagers du système de santé
  • Des professionnels de santé
  • Des représentants des assureurs
  • Des représentants de l’ONIAM
  • Des personnalités qualifiées

Cette composition mixte vise à garantir un examen équilibre des dossiers.

L’ONIAM : la solidarité nationale au service des victimes

Le rôle de l’ONIAM

L’Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux (ONIAM) est un établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Santé. Il intervient pour indemniser les victimes au titre de la solidarité nationale dans plusieurs hypothèses :

  • Aléa thérapeutique : accident médical non fautif ayant causé un dommage dépassant le seuil de gravité
  • Infections nosocomiales graves : décès ou taux d’incapacité supérieur à 25 %
  • Défaillance de l’assureur : lorsque l’assureur du responsable refuse de formuler une offre ou fait une offre manifestement insuffisante
  • Vaccinations obligatoires : dommages imputables à une vaccination obligatoire

La solidarité nationale permet, sous les conditions prévues par la loi, l’indemnisation de certains accidents médicaux non fautifs par l’ONIAM. La gravité du dommage ne suffit pas, à elle seule, à ouvrir ce droit.

Le financement de l’ONIAM

L’ONIAM est finance par une dotation de l’assurance maladie. Ce n’est ni l’argent du praticien ni celui du patient qui finance l’indemnisation par la solidarité nationale, mais la collectivité dans son ensemble.

Les conditions de saisine de la CCI

Le seuil de gravité

La CCI ne peut être saisie que si le dommage atteint un certain niveau de gravité. Ce seuil peut être franchi par l’un des critères suivants :

  • Incapacité permanente partielle (IPP) supérieure à 24 % : évaluation par un expert médical
  • Arrêt temporaire des activités professionnelles d’au moins 6 mois consécutifs, ou 6 mois non consécutifs sur une période de 12 mois
  • Inaptitude définitive à l’exercice de l’activité professionnelle exercée avant l’accident médical
  • Troubles particulièrement graves dans les conditions d’existence, y compris d’ordre économique : ce critère, plus subjectif, permet de couvrir des situations où le seuil quantitatif n’est pas atteint mais où les conséquences sont néanmoins très lourdes

Les actes concernés

La CCI est compétente pour les dommages résultant :

  • D’un acte de prévention, de diagnostic ou de soins
  • D’une infection nosocomiale
  • D’une affection iatrogène (effet secondaire grave d’un traitement)

L’acte doit avoir été réalisé à compter du 5 septembre 2001 (date d’entrée en vigueur du dispositif). Pour les faits antérieurs, la voie judiciaire reste la seule option.

La prescription

Le délai pour saisir la CCI est de 10 ans à compter de la consolidation du dommage. La saisine de la CCI suspend ce délai pendant toute la durée de la procédure.

Le déroulement de la procédure

La constitution du dossier, le socle de toute la procédure

La saisine de la CCI repose sur un dossier qui doit démontrer, pièces à l’appui, que le seuil de gravité est atteint et que le préjudice est correctement documenté : élément médical descriptif des lésions et séquelles, dossier médical complet (comptes rendus opératoires, imagerie, biologie), justificatifs de préjudice. C’est cette étape qui conditionne tout le reste : un dossier incomplet ou mal argumenté retarde la procédure de plusieurs mois, voire expose à une irrecevabilité ou à une sous-évaluation du préjudice par l’expert, qui ne peut chiffrer que ce qui lui est présenté.

C’est précisément ce que le cabinet et le médecin-conseil sécurisent dès le départ : la constitution d’un dossier médical et administratif solide, exhaustif et argumenté juridiquement, pour éviter tout rejet ou toute minoration liée à des pièces manquantes ou mal présentées.

L’examen de la recevabilité

La CCI vérifié que les conditions de saisine sont remplies (délai, seuil de gravité, nature de l’acte). Cette étape dure en moyenne 2 mois. En cas d’irrecevabilité, la victime en est informée par courrier motivé — un motif qui peut souvent être anticipé et évité par la qualité du dossier déposé en amont.

L’expertise médicale, moment charnière de la procédure

Si le dossier est recevable, la CCI désigné un ou plusieurs experts médicaux pour examiner le patient et analyser le dossier. L’expertise est gratuite pour la victime (les frais sont supportés par l’ONIAM), mais c’est un moment déterminant : l’expert décrit les circonstances de l’accident médical, se prononce sur la conformité de l’acte aux règles de l’art, évalue les préjudices selon la nomenclature Dintilhac, qualifie l’origine du dommage (faute ou aléa thérapeutique) et fixe la date de consolidation. Chacun de ces éléments pèse directement sur le montant final de l’indemnisation.

C’est la raison pour laquelle l’assistance d’un médecin-conseil spécialisé lors de l’expertise est un point que le cabinet verrouille systématiquement : face à l’expert désigné par la CCI, qui n’est ni de l’avocat ni de l’assureur, la victime seule risque de passer sous silence des séquelles ou de sous-estimer un poste de préjudice que seul un œil médical entraîné sait identifier et faire valoir.

L’avis de la CCI et l’offre d’indemnisation

Dans un délai de 6 mois à compter de la saisine, la CCI rend un avis qui peut retenir la responsabilité d’un professionnel ou d’un établissement de santé (l’assureur du responsable doit alors formuler une offre), retenir l’indemnisation au titre de la solidarité nationale (l’ONIAM doit formuler une offre), ou rejeter la demande.

Si un avis favorable est rendu, l’assureur ou l’ONIAM dispose ensuite de 4 mois pour formuler une offre censée couvrir l’ensemble des postes de préjudice identifiés par l’expert. C’est à ce stade que se joue l’essentiel de la valeur du dossier : une offre est rédigée par l’assureur ou l’ONIAM dans son propre intérêt, et le chiffrage initial est fréquemment inférieur à ce qu’un dossier bien défendu peut obtenir. C’est précisément ce que le cabinet négocie poste par poste avant toute acceptation.

Acceptation ou refus, une décision qui engage définitivement

La victime dispose d’un délai de réflexion pour accepter ou refuser l’offre. En cas d’acceptation, elle dispose encore d’un délai de rétractation de 15 jours ; passé ce délai, l’accord devient définitif et transige sur l’ensemble des préjudices. En cas de refus, la voie judiciaire reste ouverte. Parce que cette décision est irrévocable une fois le délai de rétractation écoulé, c’est un jugement qui ne se prend jamais seul : le cabinet évalue avec la victime si l’offre couvre réellement l’ensemble de ses préjudices, poste par poste, avant toute acceptation.

Avantages et limites de la procédure CCI

Les avantages

  • Gratuite : aucun frais d’expertise ni de procédure pour la victime
  • Rapidité : délai théorique de 6 mois pour l’avis (12-18 mois en pratique pour l’ensemble)
  • Suspension de la prescription : protection des droits pendant toute la procédure
  • Absence de risque : en cas d’échec, la voie judiciaire reste possible
  • Expertise indépendante : l’expert est désigné par la CCI, pas par une partie

Les limites

  • Seuil de gravité : les dommages légers sont exclus
  • Avis non contraignant : l’assureur peut refuser de suivre l’avis de la CCI
  • Offres souvent sous-évaluées : les offres de l’ONIAM ou des assureurs sont parfois inférieures à ce qu’un tribunal accorderait
  • Absence de contradictoire renforcé : l’expertise CCI est moins approfondie qu’une expertise judiciaire

Recours en cas de refus ou d’offre insuffisante

Saisine du tribunal

Si la CCI rejette la demande, si l’offre est insuffisante ou si l’assureur refuse de formuler une offre, la victime peut saisir :

  • Le tribunal judiciaire pour les praticiens et établissements privés
  • Le tribunal administratif pour les établissements publics

L’avis de la CCI et le rapport d’expertise seront versés au dossier judiciaire. Le juge n’est pas lié par l’avis de la CCI et peut accorder une indemnisation plus importante.

Pénalités en cas de défaillance de l’assureur

Si l’assureur du responsable ne formule pas d’offre dans le délai de 4 mois ou fait une offre manifestement insuffisante, l’ONIAM se substitue à lui et indemnisé la victime. L’ONIAM exerce ensuite un recours subrogatoire contre l’assureur, majoré d’une pénalité de 15 %.

L’action en responsabilité contre l’ONIAM

Si l’offre de l’ONIAM est jugée insuffisante, la victime peut saisir le tribunal pour demander une indemnisation plus élevée. Cette action est dirigée contre l’ONIAM devant le tribunal administratif.

Procédure CCI vs procédure judiciaire : comment choisir ?

CritèreCCITribunal
CoûtGratuitFrais d’avocat, d’expertise, de procédure
Délai12-18 mois2-4 ans
ExpertiseGratuite, désignée par la CCIPayante (consignation), désignée par le juge
ContradictoireLimitéRenforcé
Force de la décisionAvis consultatifJugement exécutoire
IndemnisationSouvent plus basseGénéralement plus élevée
Seuil24 % IPP ou 6 mois arrêtAucun seuil

Ce choix entre voie amiable et voie judiciaire n’est pas anodin : il engage la durée, le coût et, potentiellement, le montant final de l’indemnisation. C’est l’un des premiers arbitrages stratégiques que le cabinet effectue avec chaque victime, en fonction de la nature du dossier, de la gravité du préjudice et de la solidité des éléments déjà réunis — sachant qu’en pratique, la voie amiable devant la CCI et la voie judiciaire ne sont pas exclusives l’une de l’autre : la seconde reste ouverte si la première échoue ou insatisfait.

Se faire accompagner pour optimiser la procédure

La procédure CCI, bien que conçue pour être accessible, présente des pièges techniques importants. L’assistance d’un avocat spécialisé en erreur médicale et d’un médecin-conseil de victimes permet de :

  • Constituer un dossier complet et solide dès le départ
  • Préparer et assister le patient lors de l’expertise
  • Contester les conclusions de l’expert si nécessaire
  • Négocier l’offre d’indemnisation à la hausse
  • Orienter vers la voie judiciaire si la procédure amiable échoue

Me Sharon Gonzalez, avocate en dommage corporel à Toulouse, vous accompagne dans votre procédure devant la CCI et veille à la juste indemnisation de vos préjudices, poste par poste, conformément au guide d’indemnisation.

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Pour aller plus loin :

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la CCI et quel est son rôle ?
La Commission de Conciliation et d'Indemnisation (CCI) est un organisme public charge de faciliter le règlement amiable des litiges relatifs aux accidents médicaux. Elle examine les demandes des victimes, organise des expertises gratuites et rend un avis sur les responsabilités et l'indemnisation. Il existe une CCI dans chaque région.
Quelles sont les conditions de seuil pour saisir la CCI ?
La CCI peut être saisie si le dommage atteint un certain seuil de gravité : taux d'incapacité permanente supérieur à 24 %, ou arrêt d'activité d'au moins 6 mois consécutifs (ou non consécutifs sur 12 mois), ou inaptitude définitive à l'exercice de l'activité professionnelle, ou troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence.
La procédure devant la CCI est-elle gratuite ?
Oui, la procédure est entièrement gratuite pour la victime. Les frais d'expertise sont pris en charge par l'ONIAM. La victime n'a pas l'obligation de recourir à un avocat, bien que cela soit fortement recommandé pour optimiser ses chances d'obtenir une indemnisation juste et complète.
Que se passe-t-il si l'ONIAM refuse d'indemniser ou fait une offre trop basse ?
En cas de rejet ou d'offre insuffisante, la victime conserve le droit de saisir le tribunal compétent (judiciaire ou administratif). Le délai de prescription est suspendu pendant la procédure CCI, ce qui protège les droits de la victime. L'avis de la CCI n'est pas contraignant et ne lie pas le juge.
Combien de temps dure la procédure devant la CCI ?
La CCI doit rendre son avis dans un délai de 6 mois à compter de la réception du dossier complet. L'assureur ou l'ONIAM dispose ensuite de 4 mois pour formuler une offre d'indemnisation. En pratique, la procédure complète dure entre 12 et 18 mois en moyenne, expertise comprise.

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